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Vision politique

Les familles des immigrés régulièrement résidents


Les citoyens non communautaires résidant régulièrement dans l’espace de l’Union étaient en 2009 plus de 20 millions. Considérés juridiquement comme des « cas à part » en ce qui concerne leur accès aux droits sociaux, civils et politiques, ils représentent une sorte de « Dernier Etat », qui traverse toute la Communauté Européenne sans, pour autant, être pleinement reconnu.

Les Organisations membres de notre Coordination sont convaincues que l’Europe peut devenir un espace politique et social où les populations qui y cohabitent s’engagent à construire un avenir commun, à partir de leurs différentes origines et appartenances. Les immigrés et leurs enfants participent activement aux côtés des nationaux de tous les Etats à la construction d’une Europe où il est possible de vivre en paix. C’est pourquoi nous sommes vivement préoccupés par les limites et les dérives des politiques de l’Union Européenne en matière d’immigration et d’asile dont nous redoutons surtouts les conséquences sur le présent et le futur de nos sociétés en Europe.

1. Le droit de vivre en famille
Nous affirmons que le droit de vivre en famille est un droit universel. Son application ne peut être subordonnée aux variations conjoncturelles et contingentes de la politique des Etats.
Nous affirmons que les Etats n'ont pas le droit de refuser à des étrangers qui vivent et travaillent légalement sur leur territoire de s'unir librement avec le conjoint de leur choix, ni d'interdire qu'ils puissent y être rejoints par les membres de la famille dont ils ont la responsabilité. Nous considérons qu'il n'est pas tolérable de les tenir éloignés les uns des autres trop longtemps et que, pour ceux qui se sont installés récemment, ce droit doit leur être reconnu au bout d'un an au plus tard. (Voir Propositions juridiques)

2. Mêmes droits et mêmes obligations
Les citoyens des pays non UE qui sont légalement admis à séjourner dans l’espace de l’Union ne peuvent être traités de façon discriminatoire et on doit leur reconnaître :
- les mêmes droits et obligations que les nationaux en matière économique et sociale
- et les mêmes libertés et responsabilités que les citoyens européens en matière culturelle et politique.
L'intégration des immigrés ne peut résulter que d'un double mouvement complémentaire par lequel la société leur donne sans discrimination leur place en son sein, pendant qu'ils acceptent toutes les responsabilités et obligations qui en découlent.

3. Stabilité juridique
Pour rendre efficaces les mesures qui facilitent l’inclusion sociale des migrants et de leur famille il faut éliminer toute forme de précarisation administrative et juridique liée au titre de séjour. Seule la tranquillité d’un statut juridique stable leur permettra de donner la meilleure contribution à la société dont ils font partie.

4. Les droits sociaux
Afin de favoriser l’ intégration sociale et économique des migrants et de leur famille les Etats doivent:
- leur faciliter l'apprentissage de la langue du pays où ils vont vivre ;
- leur accorder le même accès que les nationaux au logement et à la santé;
- assurer à leurs enfants une égalité des chances grâce à une éducation et une instruction de qualité ;
- accorder à ceux qui sont en âge de travailler l'accès immédiat à l'emploi et leur offrir une formationqui facilite leur insertion dans la vie socioprofessionnelle.
Nous affirmons qu’en aucun cas les opportunités d’inclusion ne doivent se transformer en menace de précarisation administrative ou de fragilisation sociale.

5. La mobilité sociale
Il faut accélérer le processus d’ascension sociale des migrants et de leurs familles, non seulement par l’accès aux droits sociaux et civils, mais aussi par l’accès aux professions qualifiées, souvent empêché ou retardé par la difficulté à faire reconnaître la valeur des études et des compétence s professionnelles acquises hors de l’Union ou par le fait que ces professions sont réservées aux nationaux.
Nous souhaitons que dans tous les pays UE soit libéralisé l'accès à toutes les professions et tout particulièrement dans les domaines de l’éducation, de la santé, du social, de l’administration publique.

6. La citoyenneté de résidence
L’Union et les Etats doivent accorder à ceux qui résident durablement sur leur territoire une pleine citoyenneté dès lors qu'ils assument à la fois les droits et devoirs des citoyens, pouvant garder la nationalité et la citoyenneté du pays d’origine. Cette nouvelle citoyenneté de résidence est fondée sur la présence dans un même territoire que les nationaux ; elle vise à construire entre nationaux et étrangers le sentiment d'avoir un destin commun, de partager des valeurs communes et de porter ensemble la responsabilité d'un avenir commun. Elle ne doit pas être confondue avec la nationalité qui est fondée sur une histoire et un passé communs.
De même que pour les étrangers communautaires, nous demandons que les citoyens des pays tiers, qui résident durablement sur le territoire de l’Union, soient invités à participer, notamment par le droit de vote et par l’éligibilité , aux décisions concernant leur vie quotidienne (élections administratives), et aux décisions concernant la politique commune de l'Union européenne (élections au Parlement Européen), même s’ils n’ont pas acquis la nationalité d’un Pays de l’Union Européenne.

7. La réciprocité de l’intégration
Nous constatons que les mesures qui se mettent en place dans les pays de l’Union pour favoriser l’intégration des migrants s’adressent presque exclusivement aux populations d’origine étrangère et très peu aux populations autochtones. Nous réclamons plus d’attention et d’investissement dans des programmes d’intégration réciproque, destinés tant aux nationaux qu’aux étrangers. L’objectif final de ces programmes doit être la participation et la cohésion sociale. C’est en partant des préoccupations communes, engendrées par les changements et les précarités qui bousculent nos vies au quotidien (les retombées de la crise de l’économie et de l’écologie au niveau planétaire) , que nous pourrons trouver les thèmes générateurs d’un engagement commun, le socle commun sur lequel bâtir le sentiment d’une appartenance plus large, qui entraîne l’adhésion à des comportements convergeant sur des objectifs communs.
Pour que les citoyens des pays tiers s’impliquent dans le destin de nos sociétés européennes, nous devons leur donner la parole dans les instances où les citoyens débattent sur ce qui les préoccupe.

8. Le développement des pays d’origine et la circularité de l’intégration des migrants
L’émigration appauvrit de ressources humaines le pays d’origine mais en même temps elle représente une entrée formidable de recettes, dont le montant dépasse largement les aides au développement venant de l’extérieur et qui ne cessent de baisser un peu partout. Les migrants ont de plus en plus la possibilité de maintenir des relations significatives entre la société d’origine et la société d’immigration, tant du coté économique que du coté culturel.
L’expérience montre que les migrants peuvent être des acteurs efficaces du co-développement tant du pays d’origine que du pays d’immigration, à condition qu’ils soient bien intégrés des deux cotés. Ils pourront ainsi devenir acteurs de nouvelles relations entre les communautés locales, les réalités économiques et professionnelles, les administrations publiques des deux pays auxquels ils appartiennent.

Les immigrés irréguliers ou clandestins et leur familles


9. La lutte à l’immigration illégale : cynisme et hypocrisie
On a estimé entre 6 et 8 millions le nombre des personnes présentes de façon irrégulière dans le territoire de l’UE en 2010. C’est le résultat de la décision démagogique, de la part des partis politiques et des gouvernements, d’empêcher les migrants d’entrer régulièrement. La fermeture des frontière à l’immigration légale a été et reste la cause principale du recours aux organisations de l’immigration clandestine par les candidats à l’immigration des pays tiers. La prohibition d’immigrer légalement a obtenu deux résultats dans les pays de l’Union:
- attirer le consensus des électeurs faisant croire à la fermeture des frontières ;
- créer, maintenir et augmenter le stock de centaines de milliers de travailleurs absolument flexibles et à très bon marché, sans aucune forme de tutelle.
L’UE a besoin d’une immigration économique (les acteurs économiques la demandent) et de peuplement (la Commission Européenne est déjà en alerte): nous demandons davantage de réalisme afin de promouvoir et organiser l’immigration légale dans le respect des droits fondamentaux .

10. L’esclavage de la clandestinité
Les travailleurs sans documents ont un travail, une maison, souvent une famille, et ils parlent la langue du pays où il résident . Pour des raisons démagogiques un petit pourcentage de ces personnes, saisies au hasard, sont déportées hors de l’espace de l’Union, parfois dans des camps de rétention d’un pays tiers qui n’est pas le leur. Mais la grande majorité des irréguliers reste sur le territoire de l’Union, car ils sont indispensables: il est urgent de permettre aux travailleurs et à leurs familles, qui vivent dans nos pays en situation administrative irrégulière, d’être libérés de l'esclavage psychologique, économique, social et politique de la clandestinité. Les coûts économiques de cette politique de (pseudo) control des frontières sont exorbitants et les coûts humains insupportables : une honte que les générations futures devront essuyer.

11. Une opinion publique narcotisée
Nos sociétés sont devenues insensibles aux crimes réitérés depuis des années contre les personnes qui demandent d’entrer légalement dans l’espace de l’Union et qui sont obligées de passer en clandestins : camps de détention internes et externes à l’espace UE, refoulements forcés, des milliers de morts de faim, de froid, noyés, asphyxiés… D’après les renseignements disponibles, la quasi totalité de ces hommes, femmes et enfants ont des attaches familiales ou amicales dans un pays de l’Union . Pourtant la politique actuelle plutôt que d’investir dans la programmation de l’entrée légale de ces gens, préfère investir des ressources financières et humaines importantes pour empêcher qu’ils arrivent à destination.

La tolérance zéro affichée contre les étrangers sans documents ne trouve pas la même fermeté face aux comportements illégaux dans la vie quotidienne de la part des autochtones (individus et institutions) envers les étrangers en général: travail au noir, salaires plus bas, loyers plus chers, violation de la vie privée, séparations forcées des membres des familles, suspicions systématiques, tracasseries, insultes, violences psychologiques et physiques… La « tolérance zéro » poursuivie contre les comportements illégaux des étrangers se transforme en une tolérance et une baisse de vigilance sociale généralisées pour tout comportement et situation de violence et de discrimination envers la personne migrante.

Les demandeurs d’asile


12. L’asile impossible
La possibilité d’arriver à déposer une demande d’asile ou de protection humanitaire, par les personnes qui en ont le droit, est devenue de plus en plus aléatoire, au vu des obstacles physiques interposés, moyennant des accords bilatéraux avec les pays limitrophes de l’espace UE. Une fois que la personne candidate est finalement devant l’autorité compétente, les conditions dans lesquelles elle est écoutée et accompagnée dans sa démarche sont souvent insuffisantes pour garantir réellement son droit. Le refoulement forcé des demandeurs d’asile et des immigrants économiques déboutés se passe souvent avec des modalités inhumaines. En dernier lieu, il arrive fréquemment que les personnes déboutées (la grande majorité des demandeurs), qui se voient refuser l’accès au territoire de l’Union, soient renvoyées vers le pays d’origine qu’elles viennent de dénoncer ou vers un autre pays qui à son tour n’est pas à même de les protéger.




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